{"id":319,"date":"2026-05-05T10:49:17","date_gmt":"2026-05-05T08:49:17","guid":{"rendered":"https:\/\/mabiala.com\/?p=319"},"modified":"2026-05-05T11:00:49","modified_gmt":"2026-05-05T09:00:49","slug":"les-femmes-et-la-sororite-mythe-ou-realite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mabiala.com\/en\/2026\/05\/05\/les-femmes-et-la-sororite-mythe-ou-realite\/","title":{"rendered":"Les femmes et la sororit\u00e9 : mythe ou r\u00e9alit\u00e9 ?"},"content":{"rendered":"<p>Il y a un mot qui revient souvent dans les discussions sur le leadership f\u00e9minin et l&rsquo;\u00e9mancipation des femmes. Un mot charg\u00e9 d&rsquo;espoir, de promesses et parfois de malentendus.<\/p>\n<p>La sororit\u00e9. Belle id\u00e9e, r\u00e9alit\u00e9 compliqu\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;id\u00e9e est belle dans sa formulation. Les femmes se soutiennent mutuellement. Elles s&rsquo;entraident face aux obstacles communs. Elles cr\u00e9ent entre elles des espaces de confiance, de reconnaissance et d&rsquo;encouragement que le monde professionnel ne leur offre pas toujours naturellement.<\/p>\n<p>Mais entre l&rsquo;id\u00e9al et la r\u00e9alit\u00e9, il y a souvent un \u00e9cart. Et cet \u00e9cart m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre regard\u00e9 avec un appui, sans cynisme, mais sans na\u00efvet\u00e9 non plus.<\/p>\n<h2>Ce que la sororit\u00e9 promet<\/h2>\n<p>Dans sa version id\u00e9ale, la sororit\u00e9 repose sur une id\u00e9e tr\u00e8s simple. Les femmes partagent des exp\u00e9riences communes suffisamment profondes pour cr\u00e9er une solidarit\u00e9 naturelle. Le regard condescendant re\u00e7u en r\u00e9union. La question sur la garde des enfants pos\u00e9e \u00e0 l&rsquo;entretien d&#8217;embauche. La promotion qui revient \u00e0 un homme moins qualifi\u00e9. La charge mentale port\u00e9e seule.<\/p>\n<p>Ces exp\u00e9riences, beaucoup de femmes les ont v\u00e9cues. Et cette communaut\u00e9 d&rsquo;exp\u00e9riences devrait, en th\u00e9orie, produire de l&#8217;empathie, de la compr\u00e9hension, du soutien.<\/p>\n<p>Les r\u00e9seaux de femmes, les cercles de mentoring f\u00e9minin, les programmes de d\u00e9veloppement du leadership r\u00e9serv\u00e9s aux femmes partent de cette conviction. Et ils produisent souvent des r\u00e9sultats remarquables. Des femmes qui se reconnaissent dans les difficult\u00e9s des autres. Qui partagent des strat\u00e9gies, des ressources, des opportunit\u00e9s. Qui s&rsquo;encouragent mutuellement \u00e0 aller plus loin que ce qu&rsquo;elles s&rsquo;autorisaient seules.<\/p>\n<p>Dans ces espaces, la sororit\u00e9 fonctionne. Elle est r\u00e9elle, palpable, transformatrice.<\/p>\n<h2>Ce que la sororit\u00e9 ne garantit pas<\/h2>\n<p>Mais la sororit\u00e9 n&rsquo;est pas automatique. Et croire qu&rsquo;elle l&rsquo;est, c&rsquo;est se pr\u00e9parer \u00e0 des d\u00e9ceptions qui peuvent \u00eatre douloureuses.<\/p>\n<p>Partager un genre ne suffit pas \u00e0 cr\u00e9er une solidarit\u00e9. Les femmes ne constituent pas un bloc homog\u00e8ne. Elles ont des origines, des classes sociales, des trajectoires, des valeurs, des int\u00e9r\u00eats qui peuvent diverger profond\u00e9ment. Une femme dirigeante dans une grande entreprise fran\u00e7aise et une femme entrepreneur en Afrique subsaharienne partagent un genre. Elles ne partagent pas n\u00e9cessairement une vision du monde, des priorit\u00e9s ou des obstacles.<\/p>\n<p>R\u00e9duire la solidarit\u00e9 f\u00e9minine \u00e0 une question de genre, c&rsquo;est, paradoxalement, une forme d&rsquo;essentialisme.  Je ne le r\u00e9p\u00e8terai pas assez. C&rsquo;est supposer que toutes les femmes sont fondamentalement les m\u00eames, que leur appartenance \u00e0 un m\u00eame genre cr\u00e9e automatiquement une communaut\u00e9 de destin.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas ainsi que les choses fonctionnent.<\/p>\n<h2>Les comp\u00e9titions<\/h2>\n<p>Il y a quelque chose de plus inconfortable \u00e0 dire. Dans certains contextes, notamment dans les organisations o\u00f9 les places pour les femmes sont encore rares au sommet, la comp\u00e9tition entre femmes peut \u00eatre aussi f\u00e9roce, parfois plus, que la comp\u00e9tition entre hommes.<\/p>\n<p>Quand une seule femme peut acc\u00e9der \u00e0 un poste de direction, la logique de la raret\u00e9 s&rsquo;installe. Et cette logique peut transformer des femmes qui, dans d&rsquo;autres circonstances, se soutiendraient, en rivales.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas une faiblesse propre aux femmes. C&rsquo;est un m\u00e9canisme humain universel produit par des structures qui cr\u00e9ent de la raret\u00e9 artificielle. Quand les ressources sont limit\u00e9es, les individus se battent pour y acc\u00e9der, quel que soit leur genre.<\/p>\n<p>Mais cette r\u00e9alit\u00e9 est souvent tue dans les discours sur la sororit\u00e9. Parce qu&rsquo;elle est inconfortable. Parce qu&rsquo;elle semble trahir un id\u00e9al. Et cette absence de nomination ne rend service \u00e0 personne.<\/p>\n<h2>Le regard que les femmes portent sur les autres femmes<\/h2>\n<p>Il y a aussi, comme j&rsquo;en ai parl\u00e9 dans un article pr\u00e9c\u00e9dent, la r\u00e9alit\u00e9 du jugement que certaines femmes portent sur d&rsquo;autres femmes.<\/p>\n<p>La femme qui critique celle qui a choisi de ne pas travailler. Celle qui remet en question les comp\u00e9tences d&rsquo;une coll\u00e8gue enceinte. Celle qui dit d&rsquo;une autre qu&rsquo;elle \u00ab\u00a0joue la carte\u00a0\u00bb du leadership f\u00e9minin pour avancer. Ces jugements existent. Ils viennent de femmes. Et ils contribuent, parfois autant que les biais masculins, \u00e0 freiner d&rsquo;autres femmes.<\/p>\n<p>La sororit\u00e9 ne peut pas \u00eatre un mot-valise qui recouvre ces r\u00e9alit\u00e9s d&rsquo;un voile bienveillant. Pour \u00eatre r\u00e9elle, elle doit d&rsquo;abord \u00eatre honn\u00eate sur ce qui la compromet.<\/p>\n<h2>Pourquoi la sororit\u00e9 est difficile<\/h2>\n<p>Si la sororit\u00e9 ne va pas de soi, c&rsquo;est aussi parce qu&rsquo;elle demande quelque chose que les femmes, comme tout \u00eatre humain, n&rsquo;ont pas toujours naturellement. La capacit\u00e9 \u00e0 se r\u00e9jouir sinc\u00e8rement du succ\u00e8s des autres, m\u00eame quand ce succ\u00e8s rappelle ses propres doutes.<\/p>\n<p>Soutenir une femme qui r\u00e9ussit l\u00e0 o\u00f9 on a \u00e9chou\u00e9. Recommander une coll\u00e8gue pour une opportunit\u00e9 \u00e0 laquelle on aspirait soi-m\u00eame. Partager un r\u00e9seau qu&rsquo;on a mis des ann\u00e9es \u00e0 construire avec quelqu&rsquo;un qui en b\u00e9n\u00e9ficiera imm\u00e9diatement.<\/p>\n<p>Ce ne sont pas des gestes faciles. Ils demandent une solidit\u00e9 int\u00e9rieure que tout le monde ne poss\u00e8de pas de fa\u00e7on constante. Et les exiger comme si elles allaient de soi, au nom d&rsquo;une solidarit\u00e9 de genre, c&rsquo;est imposer aux femmes une forme de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 qu&rsquo;on ne demande pas aux hommes dans les m\u00eames termes.<\/p>\n<h2>Ce que la vraie sororit\u00e9 ressemble quand elle existe<\/h2>\n<p>Pourtant, je l&rsquo;ai vue. Vraiment.<\/p>\n<p>Dans les programmes de leadership f\u00e9minin que j&rsquo;anime, il se passe quelque chose de particulier quand les conditions sont r\u00e9unies. Des femmes qui ne se connaissaient pas commencent \u00e0 se reconna\u00eetre. Dans les obstacles partag\u00e9s, dans les doutes communs, dans les strat\u00e9gies que chacune a d\u00e9velopp\u00e9es seule et qu&rsquo;elle partage pour la premi\u00e8re fois.<\/p>\n<p>Cette reconnaissance n&rsquo;est pas sentimentale. Elle est strat\u00e9gique. Elle produit de l&rsquo;intelligence collective, du courage partag\u00e9, des r\u00e9seaux qui fonctionnent.<\/p>\n<p>Mais elle ne na\u00eet pas spontan\u00e9ment. Elle se construit. Elle demande un espace d\u00e9di\u00e9, une intention claire, du temps et souvent une facilitation.<\/p>\n<p>La sororit\u00e9 n&rsquo;est pas un \u00e9tat naturel. C&rsquo;est une pratique.<\/p>\n<h2>Ce que les hommes peuvent apprendre de cette conversation<\/h2>\n<p>Un mot sur le r\u00f4le des hommes dans tout \u00e7a.<\/p>\n<p>La sororit\u00e9 n&rsquo;est pas une affaire exclusivement f\u00e9minine. La fa\u00e7on dont les organisations sont structur\u00e9es, la raret\u00e9 des places au sommet, les biais dans les processus d&rsquo;\u00e9valuation et de promotion : tous ces facteurs cr\u00e9ent les conditions dans lesquelles la comp\u00e9tition entre femmes s&rsquo;installe.<\/p>\n<p>Changer ces structures, c&rsquo;est aussi cr\u00e9er les conditions d&rsquo;une vraie solidarit\u00e9. Une organisation qui a plusieurs femmes au comit\u00e9 de direction ne produit pas les m\u00eames dynamiques qu&rsquo;une organisation qui n&rsquo;en a qu&rsquo;une. L&rsquo;abondance cr\u00e9e de la solidarit\u00e9. La raret\u00e9 cr\u00e9e de la comp\u00e9tition.<\/p>\n<p>Les hommes qui dirigent des organisations ont un levier direct sur cette \u00e9quation.<\/p>\n<h2>Ce que j&rsquo;en retiens<\/h2>\n<p>La sororit\u00e9 n&rsquo;est ni un mythe ni une r\u00e9alit\u00e9 automatique. C&rsquo;est une potentialit\u00e9.<\/p>\n<p>Elle existe quand les conditions sont r\u00e9unies pour qu&rsquo;elle \u00e9merge. Quand les femmes ont des espaces pour se reconna\u00eetre sans comp\u00e9tition. Quand les structures ne les forcent pas \u00e0 se battre pour des places rares. Quand chacune est suffisamment solide int\u00e9rieurement pour se r\u00e9jouir du succ\u00e8s des autres.<\/p>\n<p>Elle est compromise quand ces conditions font d\u00e9faut. Quand la raret\u00e9 installe la comp\u00e9tition. Quand les croyances transmises poussent les femmes \u00e0 se juger mutuellement selon des standards qu&rsquo;elles n&rsquo;appliquent pas aux hommes.<\/p>\n<p>Nommer tout \u00e7a n&rsquo;est pas trahir la sororit\u00e9. C&rsquo;est la condition pour qu&rsquo;elle devienne r\u00e9elle plut\u00f4t que de rester un id\u00e9al commode.<\/p>\n<p>La sororit\u00e9 m\u00e9rite mieux qu&rsquo;un slogan. Elle m\u00e9rite une pratique. Une vraie.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La sororit\u00e9 est pr\u00e9sent\u00e9e comme un id\u00e9al : les femmes qui se soutiennent, s&rsquo;entraident, se tirent vers le haut. C&rsquo;est une belle id\u00e9e. Mais sur le terrain, la r\u00e9alit\u00e9 est plus nuanc\u00e9e, plus complexe, et finalement plus int\u00e9ressante que l&rsquo;id\u00e9al.<\/p>","protected":false},"author":1,"featured_media":322,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[],"class_list":["post-319","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-leadership-feminin"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/mabiala.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/319","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/mabiala.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/mabiala.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mabiala.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mabiala.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=319"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/mabiala.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/319\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":321,"href":"https:\/\/mabiala.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/319\/revisions\/321"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mabiala.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/322"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/mabiala.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=319"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/mabiala.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=319"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/mabiala.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=319"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}