{"id":249,"date":"2026-04-12T01:22:44","date_gmt":"2026-04-11T23:22:44","guid":{"rendered":"https:\/\/mabiala.com\/?p=249"},"modified":"2026-04-12T09:37:20","modified_gmt":"2026-04-12T07:37:20","slug":"pourquoi-un-homme-parle-de-la-charge-mentale-feminine-et-pourquoi-cest-une-bonne-question","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mabiala.com\/en\/2026\/04\/12\/pourquoi-un-homme-parle-de-la-charge-mentale-feminine-et-pourquoi-cest-une-bonne-question\/","title":{"rendered":"Pourquoi un homme parle de la charge mentale f\u00e9minine (et pourquoi c&rsquo;est une bonne question)"},"content":{"rendered":"<p>Je vais commencer par quelque chose d&rsquo;inhabituel dans un article, reconna\u00eetre que la question qu&rsquo;on me pose le plus souvent sur ce sujet est une bonne question.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Pourquoi vous int\u00e9ressez-vous \u00e0 la charge mentale f\u00e9minine ?\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Qu&rsquo;est-ce que vous pouvez bien savoir de ce que vivent vraiment les femmes ?\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Il n&rsquo;y a pas mieux qu&rsquo;une femme pour parler des probl\u00e8mes des femmes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ces remarques, je les ai re\u00e7ues. Pas toujours formul\u00e9es avec bienveillance, mais toujours avec une interrogation l\u00e9gitime en arri\u00e8re-plan. Et je pense qu&rsquo;elles m\u00e9ritent une r\u00e9ponse directe, sans esquiver.<\/p>\n<h2>La question de l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue<\/h2>\n<p>Commen\u00e7ons par ce qui est vrai dans ces remarques.<\/p>\n<p>Non, je ne vis pas la charge mentale f\u00e9minine. Je ne sais pas ce que c&rsquo;est que de rentrer du bureau \u00e9puis\u00e9 apr\u00e8s une journ\u00e9e de r\u00e9unions et de se retrouver imm\u00e9diatement en charge de la logistique du foyer, des devoirs des enfants, du repas, des rendez-vous m\u00e9dicaux \u00e0 planifier. Je ne sais pas ce que c&rsquo;est que de devoir prouver sa l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 chaque r\u00e9union dans un environnement majoritairement masculin. Je ne sais pas ce que c&rsquo;est que de porter simultan\u00e9ment les attentes professionnelles et les attentes sociales traditionnelles, sans que personne ne questionne cette double injonction.<\/p>\n<p>Je ne le vis pas. Et pr\u00e9tendre le contraire serait malhonn\u00eate.<\/p>\n<p>Il est \u00e9galement vrai que les femmes qui parlent de ces sujets le font avec une autorit\u00e9 d&rsquo;exp\u00e9rience que je n&rsquo;aurai jamais. Quand une femme dirigeante d\u00e9crit la charge mentale, elle parle de quelque chose qu&rsquo;elle a v\u00e9cu dans sa chair, pas dans ses lectures. Cette diff\u00e9rence est r\u00e9elle et importante.<\/p>\n<h2>Mais l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue n&rsquo;est pas la seule forme de l\u00e9gitimit\u00e9<\/h2>\n<p>Cela dit, si l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue \u00e9tait la seule condition de l\u00e9gitimit\u00e9 pour s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 un sujet, la recherche en sciences sociales n&rsquo;existerait pas. Aucun historien ne pourrait \u00e9crire sur la Seconde Guerre mondiale. Aucun m\u00e9decin ne pourrait soigner des maladies qu&rsquo;il n&rsquo;a pas contract\u00e9es.<\/p>\n<p>La l\u00e9gitimit\u00e9 acad\u00e9mique et professionnelle repose sur autre chose.  La rigueur de l&rsquo;observation, la qualit\u00e9 de la m\u00e9thode, l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 intellectuelle dans l&rsquo;analyse, et le respect de ceux et celles dont on parle.<\/p>\n<p>C&rsquo;est dans ce cadre que s&rsquo;inscrit ma recherche. Je n&rsquo;\u00e9tudie pas la charge mentale f\u00e9minine parce que je la vis. Je l&rsquo;\u00e9tudie parce que j&rsquo;observe ses effets sur le terrain depuis des ann\u00e9es, parce que je conduis des entretiens rigoureux avec des femmes qui en parlent avec pr\u00e9cision, et parce que je m&rsquo;appuie sur une litt\u00e9rature acad\u00e9mique qui la documente s\u00e9rieusement.<\/p>\n<h2>Pourquoi un homme, alors ?<\/h2>\n<p>La vraie question n&rsquo;est peut-\u00eatre pas \u00ab\u00a0comment un homme peut-il parler de ce sujet\u00a0\u00bb mais \u00ab\u00a0pourquoi ce sujet int\u00e9resse-t-il cet homme en particulier\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse est \u00e0 la fois personnelle et professionnelle.<\/p>\n<p>Personnelle d&rsquo;abord. Ma femme a jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant dans ma prise de conscience. Pas \u00e0 travers de grands discours, mais \u00e0 travers le quotidien. En observant ce qu&rsquo;elle portait, ce qu&rsquo;elle g\u00e9rait en silence, ce qu&rsquo;elle continuait d&rsquo;assumer m\u00eame quand elle \u00e9tait \u00e9puis\u00e9e. Des choses que je ne voyais pas, non par mauvaise volont\u00e9, mais parce que je ne savais pas regarder. C&rsquo;est elle, en grande partie, qui m&rsquo;a ouvert les yeux sur une r\u00e9alit\u00e9 que je c\u00f4toyais sans vraiment la voir.<\/p>\n<p>Professionnelle ensuite. Parce que je travaille dans et avec des organisations. Et dans ces organisations, la charge mentale f\u00e9minine est un probl\u00e8me r\u00e9el qui affecte la performance, l&rsquo;innovation et la r\u00e9tention des talents. Un probl\u00e8me que la plupart des organisations n&rsquo;ont pas encore nomm\u00e9, encore moins r\u00e9solu.<\/p>\n<p>Si je m&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 la charge mentale f\u00e9minine, c&rsquo;est parce que je c\u00f4toie des femmes qui la portent. Parce que je vois ce qu&rsquo;elle leur co\u00fbte. Parce que je vois ce qu&rsquo;elle co\u00fbte aux organisations qui continuent de l&rsquo;ignorer.<\/p>\n<p>Et parce que, fondamentalement, je pense que ce sujet ne peut pas \u00eatre r\u00e9solu si seules les femmes s&rsquo;en pr\u00e9occupent. Le changement syst\u00e9mique que ce sujet appelle n\u00e9cessite l&rsquo;engagement des hommes, particuli\u00e8rement de ceux qui ont du pouvoir.<\/p>\n<h2>Les hommes alli\u00e9s : une n\u00e9cessit\u00e9, pas une intrusion<\/h2>\n<p>Il y a un paradoxe dans l&rsquo;id\u00e9e que seules les femmes devraient parler des probl\u00e8mes des femmes. Si c&rsquo;est vrai, alors le changement reste dans une chambre d&rsquo;\u00e9cho. Les femmes se parlent entre elles, se reconnaissent dans les m\u00eames difficult\u00e9s, se soutiennent mutuellement. C&rsquo;est pr\u00e9cieux. Mais \u00e7a ne change pas les structures.<\/p>\n<p>Les structures changent quand ceux qui les font fonctionner d\u00e9cident de les remettre en question. Et dans la plupart des organisations, ce sont encore majoritairement des hommes qui occupent les postes o\u00f9 ces d\u00e9cisions se prennent. C&rsquo;est un fait.<\/p>\n<p>Un homme qui s&rsquo;int\u00e9resse s\u00e9rieusement \u00e0 la charge mentale f\u00e9minine, qui en parle dans ses \u00e9quipes, qui l&rsquo;int\u00e8gre dans ses pratiques manag\u00e9riales, qui questionne les normes implicites de son organisation, fait avancer le sujet d&rsquo;une fa\u00e7on que les femmes seules ne peuvent pas faire, non par manque de comp\u00e9tence, mais par manque d&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 certains leviers de d\u00e9cision.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas de l&rsquo;intrusion. C&rsquo;est de l&rsquo;alliance.<\/p>\n<h2>Ce que je ne ferai pas<\/h2>\n<p>Il y a des limites que je me fixe et que je respecte.<\/p>\n<p>Je ne pr\u00e9tends pas savoir ce que vivent les femmes mieux qu&rsquo;elles ne le savent elles-m\u00eames. Mon travail de recherche donne la parole aux femmes et s&rsquo;appuie sur ce qu&rsquo;elles expriment, pas sur ce que j&rsquo;imagine de leur exp\u00e9rience.<\/p>\n<p>Je ne parle pas \u00e0 la place des femmes. Je parle avec elles, en m&rsquo;appuyant sur leurs t\u00e9moignages, leur expertise, leur v\u00e9cu.<\/p>\n<p>Je ne pr\u00e9tends pas non plus que ma contribution sur ce sujet est plus importante que celle des femmes qui le vivent et le portent. Elle est compl\u00e9mentaire, pas sup\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Et si un jour une femme me dit que ma fa\u00e7on d&rsquo;aborder ce sujet est maladroite ou inexacte, je l&rsquo;\u00e9coute. C&rsquo;est elle qui a raison.<\/p>\n<h2>Pourquoi j&rsquo;\u00e9cris cet article<\/h2>\n<p>J&rsquo;\u00e9cris cet article parce que je pense que la question de la l\u00e9gitimit\u00e9 m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre pos\u00e9e \u00e0 voix haute plut\u00f4t que de rester en filigrane. Parce que je pr\u00e9f\u00e8re y r\u00e9pondre honn\u00eatement plut\u00f4t que de faire comme si elle n&rsquo;existait pas.<\/p>\n<p>Et parce que je crois sinc\u00e8rement que les sujets qui concernent les femmes ne sont pas des sujets de femmes. Ce sont des sujets humains, organisationnels, soci\u00e9taux. Ils concernent tout le monde. Et ils avanceront plus vite quand tout le monde s&rsquo;en sentira responsable.<\/p>\n<p>Ma l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 en parler, je ne la revendique pas. Je la construis, chaque jour, par la rigueur de mon travail, le respect de ceux et celles que j&rsquo;accompagne, et l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 avec laquelle j&rsquo;aborde mes propres limites.<\/p>\n<p>C&rsquo;est tout ce que je peux offrir. Et j&rsquo;esp\u00e8re que c&rsquo;est suffisant pour que la conversation continue.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis que j&rsquo;\u00e9cris sur la charge mentale f\u00e9minine et le leadership des femmes, une question revient r\u00e9guli\u00e8rement : qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un homme peut bien savoir de ce que vivent vraiment les femmes ? C&rsquo;est une bonne question. Elle m\u00e9rite une r\u00e9ponse honn\u00eate.<\/p>","protected":false},"author":1,"featured_media":251,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[],"class_list":["post-249","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-leadership-feminin"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/mabiala.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/249","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/mabiala.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/mabiala.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mabiala.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mabiala.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=249"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/mabiala.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/249\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":250,"href":"https:\/\/mabiala.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/249\/revisions\/250"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mabiala.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/251"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/mabiala.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=249"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/mabiala.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=249"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/mabiala.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=249"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}